mer furie douceur

Silence… et bruits de fond

Alors que sentir la vague m’a enivrée à un point fou, alors que chaque session a été pour moi une nouvelle expérience me conduisant au plus près de mon souhait le plus cher, alors que ce souhait s’est accompli, et que je me pensais hurlante de joie, c’est le silence qui est au rendez-vous.

Je m’étais préparée à avoir les mots les plus justes pour partager mes impressions, mes sensations colorées sur cet événement : j’ai enfin fait face au bonheur de vivre, debout sur une planche de surf…

Mais il n’y a pas eu de couleur, pas vraiment… J’ai seulement rencontré le silence…

Il est seul à notre rendez-vous.

Il me cueille comme une lame de fond, me dépasse et m’entoure pour mieux m’enrouler au creux de sa vague sourde et pleine.

Il est partout. Avant, pendant et après l’expérience. Même le son des vagues s’est éteint. Plus rien ne vient troubler ce silence d’une profondeur quasiment extatique.

Il rôde parmi les embruns pour mieux me surprendre au détour d’une crête écumante.

Il m’envahit toute entière dès que je me place au centre du mouvement. Il ne me quitte plus et me ramène à l’intime de ce qui est.

Que mes pensées se rappellent à mon bon souvenir et le silence s’évapore. La chute est imminente.

silence surfQue je fasse le silence à l’intérieur et tout autour de moi se tait. Il n’y a plus que ce mouvement, cette onde silencieuse sur laquelle j’avance.

Être debout, regarder droit devant… Le chemin se trace sur la vague…

 

Mais il y a encore des impatiences qui font taire le silence et revenir les bruits de fond. Il y a encore des vagues prises trop vite, coûte que coûte et qui me pressent. Je me retrouve alors privée d’une joie plus grande encore. Si seulement j’avais su attendre la suivante !

Oui, il y a encore de l’urgence en moi.

Je ressens comme une injonction à l’action, un ordre de mission qui ne tolère aucun report. M’en défaire est la meilleure nouvelle habitude à prendre. Je pensais pourtant avoir lâché beaucoup de cette urgence de vivre. Je me retrouve là, comme si tout était à refaire… Une humilité déjà cent fois éprouvée revient encore me narguer.

J’ai retrouvé la rage de vaincre et avec elle mon sentiment guerrier. Il ne me reste plus qu’à faire un arrêt silencieux dans ce sentiment particulier qui réveille en moi l’envie de combattre quand d’autres préfèrent la fuite. Je sais que je fais fausse route.

Seule peut vaincre la guerrière océan, la guerrière pacifique.

Celle qui est juste dans l’action ou plutôt dans l’action juste. Une action simplement activée par l’évidence et non le sentiment du devoir : devoir faire, devoir agir, devoir apprendre, devoir se lever…

Le silence devient alors mon meilleur compagnon de route. Il est au centre de ce que je SUIS. Il est le seul à pouvoir m’apporter les réponses à ce que je cherche.

C’est dans ce silence que je peux choisir ma réalité, sans craindre le danger, sans avoir besoin de fuir. C’est dans ce silence que l’essence est à l’aise.

C’est ce silence qui m’inspire. Et pourtant c’est la révolte qui gronde en moi aujourd’hui. L’un étant de l’autre le contraire. Ils cohabitent et je ne sais aujourd’hui lequel gagnera, ni même si l’un d’eux doit gagner.

Ils sont en moi et demeurent encore sous une forme duelle.

enjoy_the_silenceEt si mon chemin est un chemin d’unité, alors je sais qu’ils trouveront à produire un alliage nouveau, fait d’équilibre et de puissance, de profondeur et de reliefs.

De l’abîme à la cime, il n’y a qu’un pas, juste une frange glissante sur la vague naissante.

Et le silence déploie ses ailes autour de moi pour mieux saisir mon vacarme intérieur : un battement de cœur, tonitruant, assourdissant, dérangeant le souvenir d’une mort qui aurait pu être douce.

 

 

Une séparation originelle me revient en mémoire.

Mon corps se souvient d’une crispation, d’une douleur fulgurante, de l’arrachement d’un morceau de moi, ou de l’autre, d’une promesse de retrouvailles à tenir par delà la douleur et au delà de la vie.

Ce silence me fait faire naufrage tantôt sur des continents dévastés, tantôt sur des rives luxuriantes.

Mon corps est bringuebalé au gré de mes chutes, dans cette eau salée qui m’enveloppe et m’embryonne et me ramène au noyau de ma première cellule. Puis je vole en éclats sans certitude de pouvoir un jour me retrouver entière…

silence-stillnessPuis à nouveau le silence…

Et c’est dans ce silence que se construit peu à peu la suite de ma route d’âme, en commun accord avec l’âme du monde. Et avec la vôtre aussi, peut-être…

In Lakesh*

 

 

* In Lakesh est une expression maya qui signifie ‘Je suis un autre toi’ ou encore: ‘Je suis toi’. Ce salut maya vient nous rappeler que nous sommes les maillons d’une immense chaîne: l’Humanité. Bien que chaque individu ait une évolution qui lui soit propre, l’évolution de l’espèce toute entière peut dépendre de celle d’un petit groupe.

Que nous le voulions ou non, nous sommes connectés les uns aux autres, ne serait-ce que par le fait de vivre sur la même planète. Que nous en soyons conscients ou non, nos actions quotidiennes peuvent avoir des répercussions sur des humains qui vivent à des milliers de kilomètres de nous.

Puisse mon chemin servir à d’autres…


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